La perversité et l’hypocrisie de l’initiative ENTREPRISES RESPONSABLES

par Administrateur 17.11 2020
 
 
Lettre ouverte de Jürg Stäubli à Monsieur Alexandre Sacerdoti, Fribourg, membre du comité pour le OUI de l’initiative « Entreprises responsables » 
Mon cher Alexandre
 
Nous nous connaissons depuis quelques années. Tu es un homme de profonde croyance, d’empathie et avec une conscience sociale très développée. J’ai beaucoup de respect pour toi.
Comment as-tu pu t’égarer dans tes jugements pour faire partie du comité de soutien du PDC en faveur de l’initiative « entreprises responsables » ?
 
De soutenir cette initiative dans ta position est surprenant voire démagogique !
 
Nous sommes évidemment tous contre le travail des enfants, nous sommes tous contre la pollution. La législation en vigueur permet de poursuivre les abus. Il suffit d’appliquer les lois existantes !
 
Tu es administrateur d’une grande fromagerie, la société Suit Bulak au Kirghizistan. Tu as été nommé il y a quelques années par la Confédération Suisse, alors actionnaire majoritaire avec, en tant qu’actionnaire minoritaire, la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement. 
 
Quand j’ai acheté en 2017 avec un partenaire, cette société de la Confédération Suisse et la BERD, tu es resté au conseil d’administration jusqu’à ce jour, au sein duquel tu fais du bon travail.
 
Notre société Suit Bulak achète tous les jours le lait d’env. 2000 agriculteurs dans une région rurale près des frontières du Kazakhstan et de la Chine. Dans ce pays musulman, il n’y a évidemment pas d’élevages de cochons et au contraire de l’occident, pas de repreneurs du petit lait, déchet de la production de fromages.
 
Depuis des années, il y a des jours ou la fromagerie déverse environ 40'000 litres de petit lait dans les prairies. C’est un désastre écologique et l’endroit concerné se trouve dans un état pollué très avancé.
 
Dès notre acquisition de la société, nous avons entrepris des démarches pour remédier à cet immense problème, mais cela prend évidemment du temps et nous ne sommes pas encore arrivés au résultat espéré. 
 
Se rajoute que nous n’avons aucun contrôle, à l’exception de la qualité du lait qui arrive chaque jour dans notre fromagerie, des exploitations agricoles fournisseurs.
 
Il est plus que probable que des enfants des fermiers aident leurs parents pour le fourrage, la traite, etc.
A ce sujet, je peux confirmer que j’ai, dès mon plus jeune âge, dû aider mes parents dans notre laiterie, mon père étant fromager.
Toutes mes cousines et cousins ont aidé leurs parents dans les exploitations agricoles pendant leur enfance et adolescence. 
 
Est-ce que cela était finalement bénéfique ou cela a péjoré nos vies ?
 
En ce qui me concerne, je remercie mes parents de m’avoir ainsi transmis la vertu du travail.
 
Cela étant expliqué mon cher Alexandre, en admettant que l’initiative, pour laquelle tu milites avec ferveur dans les médias, soit acceptée, il y a une injustice flagrante, dont je suis très surpris que tu puisses y souscrire.
 
Je me répète, mais tu es depuis des années membre du conseil d’administration de Suit Bulak. Cette société a des fournisseurs dont il est quasiment certain que des enfants y travaillent avant ou après l’école et il est malheureusement avéré que cette société pollue, heureusement de moins en moins, les prairies de la région depuis des années. 
 
Avec le texte de l’initiative, aucun risque de procédure pour toi ! Jamais une plainte pourrait aboutir sur place. Il est normal, sur le plan culturel et selon les mœurs, que les enfants travaillent pendant le temps qu’ils ne passent pas à l’école, avec leurs parents dans les fermes, tout comme il est malheureusement parfaitement normal que les fromageries déversent le petit lait dans les champs.
 
Par contre si une ONG bien pensante, passe dans cette région rurale, fait quelques photos des surfaces polluées, des enfants qui aident les parents lors de la traite des vaches, et dépose une plainte en Suisse, ce sont mes collègues et moi, en tant qu’administrateurs de la maison mère en Suisse, qui se trouveront devant un juge. Cela malgré que la première responsabilité se trouve chez les organes de la société sur place, dont toi !
 
Comment veux-tu que les administrateurs de la société mère en Suisse puisse contrôler les env. 2000 fermiers qui fournissent le lait à la fromagerie ? 
 
Toi, qui soutiens l’initiative, pour des raisons probablement nobles, sachant que tu ne risques aucune procédure, peux accepter, malgré que la vraie responsabilité se trouve sur place, que les investisseurs en Suisse, sans moyen de contrôle direct, peuvent être poursuivis en justice ?
Autrement dit : Les personnes responsables en première ligne, à proximité des vrais enjeux, organes des sociétés concernées, ne risquent rien et ceux qui se trouvent en Suisse, donc éloignées, risquent se trouver devant un tribunal.
Ce n’est pas seulement injuste, mais relève d’une perversité et d’une hypocrisie inacceptable !
 
Cher Alexandre, malgré toute l’amitié que je te porte et des qualités humaines qui sont les tiennes, je dois t’avouer que je ne peux comprendre que tu soutiennes une initiative d’une telle injustice.
 
Si l’initiative devait trouver une majorité au sein du peuple Suisse, se posera la question si nous continuons à investir dans ce genre de projet. Pour quelle raison devrions-nous mettre des ressources supplémentaires pour former des agriculteurs sur place, afin d’augmenter la qualité et la quantité du lait pour avoir plus de revenus et une meilleure vie ? 
 
Pourquoi devrions-nous prendre des risques d’investir en sachant que nous ne pouvons dans aucun cas, maîtriser le bon fonctionnement de tous nos fournisseurs ?
 
De subir des procès longs et coûteux avec des risques énormes de réputation douteuse table pour nos entreprises.
Est-ce que nous voulons d’une loi qui n’est pas applicable, qui a comme conséquence que les investissements dans les pays concernés diminueront, que les populations sur place subiront les conséquences ?  
 
Cher Alexandre tu te trompes de cible et de combat !
 
Qui sommes-nous, pour mettre nos standards, comme valeurs absolues au monde entier ? De vouloir imposer notre culture sociétale aux autres peuples, aux traditions ancestrales ?
 
Je ne me reconnais pas dans cette attitude d’arrogance envers des autres. Est-ce que c’est nous qui avons la certitude de la vérité ?
Cher Ami Alexandre, toi qui es un homme profondément croyant, catholique, ne t’aventure pas dans une démarche de « missionnaire » dans les pays en développement.
 
L’histoire nous a montré le désastre et les dégâts subis des peuples par les croisades bien pensantes !
 
Avec toutes mes amitiés
Jürg