Quel type de société civile voulons-nous à l'avenir ?

par Jürg Stäubli 23.02 2012

Nous avons la chance et le privilège de vivre dans un pays magnifique.

Evidemment, tout n’est pas «rose», car il y a des problèmes comme partout, notamment des injustices sociales et bien de choses ne sont pas parfaites.
 
Malgré tout, les aspects positifs l’emportent largement, comme notre système scolaire, notre économie, la paix sociale, notre système social comme l’AVS, l’assurance invalidité… etc. Toutes ces structures qui font que nous nous portons, en règle générale plutôt bien, ont été créées par les femmes et les hommes qui vivent dans notre pays.
Toutes ces générations de Suisses et d’étrangers ont œuvré pour la richesse de notre nation. Les générations actuelles actives en politique et économie ont ainsi l’obligation de respecter l’acquis, de le préserver et de le développer.
 
La conséquence de notre société bien portante était notamment que la cohabitation sans violence allait de soi. Je me souviens très bien, que les membres de notre gouvernement pouvaient se déplacer n’importe où à pied, sans aucune protection. Il m’est arrivé à plusieurs reprises de déjeuner avec Jean-Pascal Delamuraz, conseiller Fédéral et à deux reprises Président de la Confédération Suisse.
 
En règle générale, les gens dans la rue ne se retournaient même pas lorsque nous traversions la ville de Berne. De temps à autre, un concitoyen l’interpellait, mais c’était toujours pour des mots d’encouragements et des remerciements pour le travail qu’il accomplissait. J’ai souvent pensé à ces moments-là, qu’il fait bon vivre dans un pays dans lequel le président du gouvernement peut se déplacer ainsi en toute liberté.
 
Malheureusement, ma génération – qui est actuellement au pouvoir – a manqué de gérer cet héritage avec soin et prudence. Chaque jour, nous pouvons lire dans les journaux et voir à la télévision, la violence qui règne dans notre société. Cette situation est aujourd’hui monnaie courante et banale. Ce qui est grave, c’est que nous nous y sommes déjà habitués. Que ce soit à Genève ou à Lausanne, il y a un certain nombre quartiers ou rues où les femmes et les enfants ne peuvent plus se déplacer sans aucune crainte.
 
Quelle est cette société dans laquelle les personnes âgées ont peur de se promener en ville, où l’on arrache les sacs à main des femmes ?
 
Je pense particulièrement à cette dame âgée de 79 ans, qui, le 18.02.2012 à son domicile de Chêne-Bourg/GE, a été sauvagement agressée, ligotée et menacée avec une arme, alors qu’elle se trouvait dans son appartement; ou à Bâle, où à leur domicile, un retraité avec son épouse ont été ligotés et volés ; ou encore, à Hochdorf / LU où certains jeunes criminels terrorisent tout un village, comme cela avait été également le cas à Schüpfen / BE.
 
Toutes ces victimes qui ont travaillé toute leur vie pour le bien-être de notre société et qui ont ainsi contribué au système de sécurité sociale. Tous ces gens ont aidé à la richesse de notre pays ! N’avons-nous, qui sommes actifs dans des positions de dirigeants soit en politique ou en économie pas le devoir de protéger toutes ces personnes comme cela avait été fait par le passé par les générations précédentes, nos parents et grands-parents ?
 
 

Quel type de société allons-nous laisser à nos descendants ?

 
Il ne s’agit pas de stigmatiser les uns ou les autres. Il n’est pas non plus question de blâmer des groupes de notre population.
Non, il s’agit de notre société, de notre qualité de vie et surtout de notre avenir.
 
Lorsque je me trouvais, il y a 25 ans à New York, il y avait des endroits, des quartiers que l’on devait éviter à cause de la violence et de la criminalité. Aujourd’hui, je me sens beaucoup plus en sécurité à New York qu’à Genève.
 
Nous devons, avant qu’il ne soit trop tard, nous battre contre cette violence. Il y a une seule et unique stratégie : celle de la tolérance zéro. Les élites de notre pays doivent comprendre que le temps est venu de se souvenir de nos valeurs. Il ne s’agit pas de nous renfermer, il ne s’agit pas de fermer les frontières et de nous isoler, car nous devons être ouverts au monde, accepter les personnes d’autres pays et cultures, car cela est un vrai enrichissement pour notre société.
Mais nous devons – qu’il s’agisse d’étrangers, demandeurs d’asile ou de suisses – ne pas accepter des compromis. Il y a lieu de faire une réforme du code pénal et de sanctionner d’une manière beaucoup plus sévère. Les étrangers qui ont un comportement criminel, après avoir purgé leur peine, doivent être reconduits aux frontières. C’est d’ailleurs eux qui font le plus grand tort à la grande majorité aux personnes d’autres nations qui vivent en paix au sein de notre pays.
Il n’est certes pas très agréable de vivre dans un État policier véritable, mais c’est malheureusement un moindre mal. Les agents de police exercent un travail extrêmement difficile et doivent être soutenus par la population.
 
C’est la fin d’une société civile, si elle n’est plus en mesure de protéger les plus vulnérables de sa population, les enfants et les personnes âgées.
 
Tous devront maintenant mettre de la pression et la maintenir jusqu’à ce que les mesures appropriées soient prises. Sinon nous risquons que les citoyens fassent eux même justice et que les gens s’organisent au sein des villages afin de défendre leur bien, ce qui nous amènera que plus de violence.
 
Battons-nous pour une – si possible – société non-violente, pour un pays dans lequel tous les êtres humains peuvent se déplacer librement et vivre sans aucune crainte.
 
Nous devrons à l’avenir élire des politiciennes et politiciens qui ne se distinguent non seulement par des mots, mais par des actes.
 
En revanche, nous ne devrons plus donner la confiance et par conséquent la voix à toutes celles et ceux qui ne s’occupent pas de la sécurité. Je ne suis personnellement pas en faveur des grandes manifestations, des grèves ou ce genre d’agissements. Mais si nos autorités ne sont pas en mesure de protéger la population et plus particulièrement les personnes âgées et les enfants, nous pourrions alors organiser une grève fiscale.
 
Nous pourrions déduire 25% des impôts à payer à l’Etat, verser ces derniers dans un fond qui serait amené à financer sur une base de privée, c’est-à-dire avec des sociétés spécialisées dans le domaine, la sécurité de notre société. Cela devrait être organisé d’une manière générale et en toute transparence. Une des grandes sociétés d’audit devrait être mandatée pour le contrôle de l’allocation des fonds. Ce serait certainement plus judicieux et plus efficace que de manifester dans la rue.
 
Personnellement, je souhaite que nous n’en arrivions pas là, et qu’une pression permanente sur les politiciens notamment par les médias, soit suffisante pour que ces derniers fassent leur devoir. La situation est grave et nous n’avons plus le temps de réfléchir, car chaque victime est une victime de trop.
 
Chaque résident de ce pays doit contribuer à aider, selon ses moyens, pour assurer que nous formons, tous ensemble, une société moins violente et où il fait bon vivre et qu’un jour, nous laisserons à nos enfants un héritage comme nous-mêmes l’avons reçu de nos parents.